Premières impressions... suite 2
Dès ma première semaine à la maison de retraite, malgré tous mes efforts, c’est dur........ Ancien ingénieur, j’ai eu une vie bien différente. Je n’ai pas été habitué à vivre en collectivité, encore moins à côtoyer des personnes pour la plupart sans grande conversation. Je me trouve encore bien pour mon âge et je me demande ce que je fais parmi tous ces grabataires en fauteuil réunis dans ce grand salon. Désormais, ma vie est rythmée au gré du personnel de l’établissement, et mon espace intime se résume à ma chambre. C’est difficile pour moi d’être ici. Je n’ai plus le même confort de vie, je ne m’y retrouve plus, parachuté dans cette chambre de douze mètres carrés dont je n’ai choisi ni la couleur ni l’aménagement. Seuls vestiges de mon passé : ma télé et quelques cadres photos accrochés çà et là au mur. Voilà donc mon nouvel univers.

Chaque matin, ma porte s’ouvre, et la lumière jaillit brusquement. Ce n’est même plus moi qui l’allume ! Il est sept heures et, une semaine sur deux, c’est l’heure pour moi de débuter ma journée. On me met torse nu devant le lavabo, et je dois me raser et me laver. Ensuite, hop ! on me dit de descendre prendre mon petit-déjeuner dans la salle à manger avec tous les autres encore “valides”.

Monotonie quotidienne
Débute alors une interminable journée, assis dans le grand salon au milieu des autres auxquels je n’ai rien à raconter, avec la télévision en toile de fond, les programmes s’enchaînant les uns après les autres sans que personne n’y fasse vraiment attention. Je n’ai rien à partager avec tous ces gens qui me sont totalement étrangers et indifférents. Il ne me reste plus qu’à attendre : attendre le repas du midi, puis l’animation de l’après-midi – que je supporte plus que je ne l’apprécie –, attendre une prochaine visite qui ne viendra probablement pas… Attendre quoi, au fait ?… Et pour qui ?… Et pourquoi ? Drôle de vie ! Je ne suis plus maître de moi-même. Je ne décide plus du sens à donner à ma vie. Je dois me conformer aux habitudes de l’établissement : horaires de lever/coucher, repas, animation, douche tel jour une fois par semaine… Et ce ballet de blouses blanches qui pénètre sans arrêt dans mon “réduit d’univers” : « Il est l’heure, monsieur. » Et encore, certaines d’entre elles se sont donné le droit de m’appeler affectueusement par mon prénom, ou, pire encore : « Papy » !
Épuisement et honte
Après un an d’efforts, je n’ai vraiment plus envie de descendre dans ce fichu salon. Cela ne m’apporte vraiment rien. Je suis indifférent à tout cela. Je préfère rester dans ma chambre et regarder par la fenêtre dans le vide. Mais difficile de me faire comprendre… Finalement, le matin après ma toilette, on m’installe dans mon fauteuil à côté du lit, et je me contente du spectacle offert par le ballet des entrées et sorties de l’établissement… Autant de visites qui ne sont pas pour moi !
Et il y a cette maudite constipation qui persiste depuis mon arrivée ici – certainement due au changement d’alimentation et au manque d’activité physique – et qui m’oblige à prendre un sachet de Movicol® dans mon jus d’orange tous les matins, ce qui a eu pour effet de me faire porter des couches, car je n’étais pas assez rapide pour aller seul aux toilettes sans en mettre partout… Quelle honte pour moi ! Si ma mie voyait ça !
Angoisses,
suite......Vendredi
Bonne journee

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