angoises........suite 3
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Angoisses, .
L’infirmière a relevé des angoisses persistantes, ce qui me vaut la prescription de Nozinan®.
Un mois plus tard, lorsque mon fils vient me réapprovisionner en produits de toilette, il m’annonce le décès de mon frère. Le soir, je n’ai pas faim. Pourquoi manger ? Je ne le reverrai même plus. Les aides- soignantes insistent pour que je mange « un petit quelque chose quand même », alors je me débats. Après quelques jours, les transmissions indiquent : “se bat”, “est angoissé +++”, et mon cas est revu par le médecin, qui augmente les doses de Nozinan®. Avez-vous déjà perdu quelqu’un de votre famille ? Comment avez-vous réagi ? Dans certaines tribus, ils fêtent cet événement autour d’un festin ; moi, cela m’a coupé l’appétit.
Et, pendant un mois, la vie suit son cours, au rythme de quelques douleurs dentaires traitées au coup par coup par des antalgiques et de l’Hextril® gel… Jusqu’à ce que je “perde” mon dentier d’après les aides-soignantes. En fait, il me gênait trop, et je pense l’avoir caché. Donc, on me passe au mixé ! Pourtant, manger restait encore la seule chose plaisante qui rythmait mes journées.
Et puis un agent de service hospitalier signale que mes verres de lunettes ne tiennent presque plus. Alors, en attendant l’hypothétique passage de mon fils, voilà mes lunettes reléguées dans le tiroir de ma table de nuit. Comme cela, je ne vois même plus correctement la télé. Je me rebelle contre tout cela, et, le soir, on signale que je hurle. Alors, on n’oublie surtout pas de me donner mon somnifère et mes gouttes pour ne pas perturber les autres résidants et éviter que je me blesse. Mais, comme mon agitation et mes hurlements persistent, on me met sous Tiapridal® le midi.
Cris, chutes et médicaments
Après un mois, mes cris sont devenus légendaires dans le service, et mon Tiapridal® du midi est augmenté. Commencent alors les malaises avec des chutes, car je deviens complètement ensuqué (assommé). Devant cet état, le médecin arrête les gouttes de Nozinan® du matin.
À cette époque, je suis décrit comme quelqu’un de très énervé, qui « balance table et repas par terre et sur les murs, parle fort la nuit, dérange son voisinage »… Oui, je fatigue les autres, et tant mieux, car j’en ai assez et je ne veux plus aller dans le salon avec eux. Je veux rester tout seul. Alors je crie, je m’agite de plus en plus, je suis désagréable avec tout le monde, même si le personnel redouble de patience et de sollicitude, ce qui a pour effet l’arrêt complet du Nozinan® et la prescription de Tiapridal® 100 à raison de trois comprimés par jour.
Comme je chute plusieurs fois et que je ne fais que dormir, on me laisse dans ma chambre et on diminue donc mon traitement.

Douleurs et saleté
Puis, je me plains d’une douleur de la hanche gauche à la mobilisation. Je pars donc à la radio, où ma belle-fille me rejoint, même pas mon fils ! Mais aucune anomalie n’est révélée. Ce simple aller-retour à l’hôpital suffit à me perturber au point de ne plus savoir à mon retour ce que je fais. On me retrouve ainsi couvert de selles, tout comme mon lit et les murs de ma chambre. « Qu’avez-vous fait ? » m’interroge-t-on. Mais est-ce bien moi qui ai fait cela ? Moi, avant si propre, si soigné, si méticuleux ? Je ne veux plus me voir me dégrader lamentablement ainsi. Ce n’est plus moi. Et je recommence à crier, vociférer, m’énerver contre le personnel qui ne le mérite certainement pas ! Je déambule dans les couloirs et les chambres avoisinantes. En pleine nuit, on me retrouve assis sur le sol dans la chambre de ma voisine. Je suis bon pour la prescription de barrières la nuit afin d’éviter les chutes.
Une aide-soignante redécouvre mes lunettes, toujours pas réparées ! Mais quel confort de me les réapproprier rafistolées par ses bons soins à coup de sparadrap.
Je somatise peut-être avec mes douleurs à la hanche persistantes lors des manipulations, mais elles finissent par être traitées à raison de trois Doliprane® par jour. On ne me parle plus beaucoup pendant la toilette, car je crie et ne réponds plus. J’en ai marre. Qu’on me laisse tranquille dans ma chambre, dans mon lit. Je ne reconnais même plus mon fils qui vient me voir cinq minutes un après-midi à l’occasion. Il faut dire que cela ne doit pas être palpitant pour lui de rester assis à côté de moi, qui refuse de lui parler et continue de regarder la télévision sans la voir, sans faire attention à lui. Je n’ai même plus envie de manger. Pourquoi continuer ainsi ? Je veux retrouver ma femme.
Refus d’alimentation
Les aides-soignantes indiquent à l’infirmière mon refus de m’alimenter. Certaines viennent pourtant avec beaucoup de douceur me donner la « becquée », mais je serre invariablement les dents, déterminé à en finir enfin. J’ai quand même le droit de ne pas manger ! Comme je n’ouvre plus la bouche, elles essaient la seringue à la commissure des lèvres et remplissent une feuille de surveillance hydrique et alimentaire. Mais elles signalent beaucoup de difficultés à m’alimenter. Quant à l’eau gélifiée, même parfumée, il faut accepter d’avaler cela ! C’est pour moi dégradant. Moi qui avais l’habitude de manger au restaurant et de boire dans des verres à pied !
Dormir pour fuir
Devant un tel état, on me laisse au lit, bien sûr, car les stimulations restent vaines, et les infirmières notent une « baisse de l’état général ». Enfin j’ai obtenu ce que je voulais ! Mais, rapidement, des rougeurs apparaissent au niveau des points d’appui malgré les matelas thérapeutiques ou préventifs et les préventions d’escarres régulières. Cela commence même à faire mal, mais tant pis si c’est le prix à payer pour être enfin tranquille. Et puis, ces inconnues en blouses blanches qui entrent chaque jour dans ma chambre pour la toilette, les changes, la réfection du lit, les pseudo-repas… Je ne les connais pas ou plus. Je n’ai qu’une envie : fuir tout cela.
Je me plains à chaque manipulation, je gémis, je grimace. Alors, on essaye de m’installer dans un fauteuil coquille, mais que c’est avilissant ! “Attaché au fauteuil” sur prescription d’une contention pour éviter les chutes, je ne veux plus de cette vie où l’on fait pourtant tout pour moi. On m’emmène chez le coiffeur. Mais cette petite douceur arrive trop tard, et je ne l’apprécie même plus, je n’en ai même plus envie ! Mes enfants choisissent ce mois de juillet pour partir en vacances.
Je ne mange plus le matin, très peu le midi et le soir, ce qui se résume à trois cuillères à café de bouillie et à une eau gélifiée. Je reste yeux et bouche fermés. Je refuse tous les contacts. Je commence à être encombré. Devant les risques de fausse route, le médecin arrête le traitement per os que je ne prenais de toute façon qu’une fois sur deux, puisque je ne mange quasiment plus. Il me met sous perfusion de sérum glucosé et sous patch de Durogésic® 25. L’infirmière prévient ma famille et insiste pour que l’on me propose malgré tout une cuillère de yaourt à chaque repas, mais sans me forcer.
Survivre ou mourir ?....suite et fin demain
Bon Vendredi

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