Samedi 17 juillet 2010 6 17 /07 /Juil /2010 22:04

 

  hommage  a Bernard  Giraudeau

 


 

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un homme trop tot disparue 

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Né le 18 juin 1947 à La Rochelle, Bernard Giraudeau s'est éteint ce matin, emporté par le cancer dont il souffrait depuis plusieurs années.

Très impliqué dans la lutte contre cette maladie, le comédien avait récemment participé au lancement de l'émission "On ira tous à l'hôpital" dans laquelle il témoignait de son vécu de patient.
Atteint d'un cancer du rein en 2000 puis du poumon cinq ans plus tard, il témoignait avec courage, dans les média, de sa vie avec la maladie.

Chevalier de la Légion d'honneur, Bernard Giraudeau a eu deux enfants de la comédienne Anny Duperey, Gaël et la comédienne Sara, qui a remporté le Molière 2007 de la révélation féminine théâtrale

 

 

Nous sommes en 1959. Bernard a 12 ans. Il ne sait pas si son père est complètement revenu d'Indochine ou définitivement reparti en Algérie, d'étranges bouts du monde qui résonnent à la radio. Il ne sait rien de ce mystère considérable. René Giraudeau est un homme qui passe. Entre deux expéditions militaires, il a travaillé chez Renault, ou monté une petite épicerie à Tasdon, dans la banlieue de La Rochelle. Puis il a repris le train. Il admire et craint cet inconnu dont la tenue stricte s'orne de fourragères. Quand il le sait sur le retour, pour lui il passe des heures à couper l'herbe du jardin avec les ciseaux.
Claudie, sa mère, gère en conscience le groupe dont il est l'aîné. Bernard a quatre ans de plus qu'Élisabeth. Les garçons, Philippe et François, ont huit et dix ans de moins. L'âge le dissocie de la fratrie. Bernard a les yeux dehors.
La famille vit avenue Guiton, dans une maison neuve avec rez-de-chaussée surélevé, entre la route et la voie ferrée. Les constructions en bois et les jardins ouvriers ne manquent pas dans le quartier populaire de la Grenouillère. Peu de voitures contrarient les cow-boys quand les Indiens attaquent. Son terrain, c'est la voie ferrée en hauteur, toute proche, qui charrie vers le port de la Pallice les grains et les grumes de bois. Il a la liberté de s'y rendre à bicyclette. La Pallice, par le « boulevard de la soif », où se retrouvent les hommes de peine, grouille de tous les trafics. C'est un spectacle grandiose, odoriférant, mondial, auquel peu d'enfants ont accès.
Une vie à attendre
À l'école Réaumur, Bernard adore rédiger et s'honore de réciter. À l'évidence, la géographie et l'histoire lui ouvrent des fenêtres. Les mathématiques et la physique ne soulèvent rien. Une question le hante. Combien de temps doit-il continuer à écouter quelqu'un lui lire la leçon de telle page du livre, ce qu'il peut faire tout seul ? Combien dure l'éternité ? L'immobilisation sur un banc, entre quatre murs, l'anéantit. Il y pense, incapable de concevoir que ce soit ça la vie, le bonheur, l'avenir.
Au moment du passage en sixième, quelqu'un a dû penser, sans qu'il sache pourquoi, qu'il s'épanouirait dans le camp des manuels. Ou alors un test l'a décidé. Bernard est envoyé au lycée technique Léonce -Vieljeux tout neuf. Il n'étudiera pas la philosophie. Mais personne ne lui interdit d'ouvrir les livres où l'on voit des ports lointains, des montagnes et des océans d'ailleurs. Il y pose son doigt en apprenant par cœur le nom des villes, des mers et des déserts. Il n'aime pas les sports collectifs. Il n'en pratique pas. De La Rochelle, il ne connaît aucun musée, aucune salle de spectacle, rien qui puisse lui suggérer un rêve.
Tout juste y a-t-il vu, par l'école, un « Avare » empoussiéré, dont il ne retient rien. La danse, le théâtre ou le cinéma lui sont inconnus.
À la maison, son hyperactivité agace. Sous étroite surveillance de faits et gestes, il étouffe, convaincu qu'il n'a pas le droit de bouger un cil. L'enfer est pavé de jours ordinaires. Pourquoi rester assis dans une salle à manger ? Il s'ennuie le dimanche quand un repas chez le parrain rassemble les adultes. Ses colères traduisent une insatisfaction que personne ne saurait raisonnablement expliquer.
Une certaine arrogance le pousse à la rébellion. Bernard a une idée de lui-même et il a honte d'ignorer, de méconnaître, d'avoir la bêtise de se tromper. Il essaie de faire bien et il se cogne aux murs des contraintes et de l'inaction. Il brûle de vivre, mais pas ça.
L'île aux trésors
Les Éclaireurs unionistes, d'obédience protestante, vont soulever ce couvercle en fonte. Pour la première fois, il met les pieds sur un bateau. Un bateau monumental. C'est le bac de l'île de Ré, à la puissante odeur de gazole, qui l'emmène à l'abordage d'un royaume confié aux étoiles et aux vents d'ouest. Il met le pied sur l'île aux trésors, comme dans le livre qu'il a reçu en cadeau, avec « Construire un feu » de Jack London. Les louveteaux, puis les éclaireurs lui donnent le droit à l'aventure. Avec ses amis, Jean-Laurent Gauvin et Elis Robertson le violoncelliste, ils vont à pied se poser dans les dunes de Sablanceaux, ou à vélo jusqu'à Saint-Clément-des-Baleines, tenter d'imaginer une lueur d'Amérique.
Tous les dimanches, une bonne action mobilise la troupe. Ils récupèrent des vieux journaux pour financer les sorties. Ils sont soudés. Les jeux de nuit l'éblouissent. La nature l'accueille par la grande porte. Il entre en communion. Ce bivouac, sous la voie lactée, le fonde à croire à un autre monde.
L'île en elle-même, les chevaux d'écume au large, la dentelle de Trousse-Chemise, les herbes folles, les marées basses, ces grandes taches couleur émeraude au loin, l'ensemble du décor pousse au départ. C'est une proposition d'agir, une urgence à déplier les cartes. Ni l'école, ni le cercle familial ne l'ont jamais invité à pareille fête. Bernard mesure le privilège qui lui est donné. Il marche dans le tableau vivant de son avenir. Il existe.
Souvent, les éclaireurs vont camper près du Marais poitevin, chez les demoiselles Pozzi, deux sœurs protestantes aussi vieilles que leur ferme fortifiée, figée depuis le siège de La Rochelle. Les sœurs vouent un grand amour aux arbres. Bernard s'approprie l'Aunis, le pays de son père avec qui il part parfois pêcher l'anguille à l'aube, sans dire un mot.
Chez sa grand-mère paternelle, à La Grève-sur-le-Mignon, il s'imprègne de cette terre noire où les pruniers, dans les dormances de rivières, ploient sous la brume. L'eau coule entre les îlots fertiles. Il aime cette odeur enivrante d'humus et de fumier. Ici, il joue avec une petite fille blonde, Marie-Claude Jourdain, qui va devenir Lova Moor au Crasy Horse.
À La Rochelle, il écoute les récits de l'arrière-grand-mère Gabrielle, une Bretonne dont le mari était cap-hornier. Et de son fils, le grand-père Paul, expert en moteur de bateau, qui a donc navigué. L'expression « officier de marine » a du sens.
Bernard a 15 ans. Ses doigts respirent la mécanique. La ville, par ses pontons et ses grues, a allumé trop de phares. Voilà longtemps déjà qu'il est à quai. Les Éclaireurs n'ont pas pu assouvir sa soif. Il s'est lassé de crier « Les goélands, dans le vent ! »:

Le cordon coupé

Un léger daltonisme l'empêche d'accéder à l'école des mousses. Il est admis à celle des mécaniciens de Saint-Mandrier dans le Var. C'est Mme Koroski, la voisine de Tasdon, qui l'emmène. Il part sans se retourner. La Rochelle disparaît de son champ. Bernard bouge enfin pour lui-même.
A-t-il mal ? Il est capable d'accepter la réalité. Mme Koroski le met dans le mouvement qui va le placer autour de la Terre, avec les adultes. Le cordon est coupé, sans musique. Une pureté scout le tient droit. L'enfance s'en est allée.

 

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Par ptefleurs18 - Ecrire un commentaire
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Commentaires

Merci pour ce bel hommage . Terrible cette maladie . Pourquoi cette souffrance ? ... Je t'embrasse .  

Commentaire n°1 posté par canardjaune le 18/07/2010 à 21h46

Bonsoir Thérèse, beaucoup comme toi rendent hommage à cet homme qui possédaitn l'art de l'expression sous touites ces formes, c'était un réalisateur, un acteur, un écrivain qui a eu la courage de 'évoquer le vécu de son cancer et de défendre au travers la cause des grands malades comme lui et toi.

Je t'embrasse bien fort, Véronique de Thonon74.

Commentaire n°2 posté par LEMANTINE le 18/07/2010 à 20h14

Bonjour,

très joli ce texte sur cet homme que cettealedté de maladie a emporté...

Pour toi aujourd'hui j'espère que ça va être un peu plus calme et que tu vas pourvoir un peu te faire servir et ainsi te reposer.. tu en as déjà fait beaucoup il semble...

Je te souhaite une agréable fin de journée, à très bientôt,

bien amicalement

Commentaire n°3 posté par BosoirMathusalem le 18/07/2010 à 16h06

Bonjour Ptefleurs !
Après une journée assez agitée hier (beaucoup de monde à la maison, mais de grosses rigolades), repos aujourd'hui en profitant du beau temps !
Bon dimanche à toi aussi ! Bisous du criquet !

Commentaire n°4 posté par Gilles-B2000 le 18/07/2010 à 14h22

Bonjour Thérèse tu as fais un beau reportage et rendu un bel hommage à cet acteur que j'aimais beaucoup.Quand j'ai entendu la nouvelle hier midi j'étais attérrée bien que sachant qu'il était malade puisqu'il ne s'en est pas caché et qu'il oeuvrait pour que les gens puissent en perler sur son blog.

J'espère que tu vas passer un bon dimanche pour l'anniversaire de ta petite puce.Je te fais de gros bisous et te dis à demain.

Commentaire n°5 posté par minouche89130 le 18/07/2010 à 11h07

bel hommage a cet acteur de toute beauté , talentueux et si discret...je l'aimais beaucoup....ma puce a ete malade , moi je suis comme toujours sur les rotules mais je tiendrais jusqu"a la fin , j'ai pas le droit de ne pas le faire , bisous bonne journée

Commentaire n°6 posté par louna le 18/07/2010 à 10h33

bonjour ,Thérèse , dommage que cet acteur soit disparu , c'est toi qui me l'apprend , j'aimais cet homme .......la cancer est vraiment une belle saloperie , excuse du mot , mais , c'est bien ça ,les scientifiques sauront-ils un jour guérir tous les cancers , j'en doute , il faut être réaliste ..........je ne savais pas  que c'est un cancer que tu eu la jambe , désolée , je me doutais bien , qu'on ne t'avait pas couper cette jambe pour rien , mais de la , a cause d'un cancer , non, j'en étais loin, d'ailleurs je ne cherchais pas à savoir , je trouvais un peu déplacer de te demander la raison , c'est déjà suffisant comme ça pour toi, d'avoir été amputé , les gens sont vraiment égoïste , beaucoup ne pense qu'a leur petite personne et les autre on s'en ....fou !! ..........enfin , ainsi va la vie .....passe une bonne journée auprès des tiens et repose toi bien , tu en as besoin ..........je te verrais demain ma Thérèse , mais sûrement qu'en fin de journée , mais je passerais te voir ..........;allez, je te fais de gros bisou        ghislaine

Commentaire n°7 posté par ghislaine "euphorbe pour le blog" le 18/07/2010 à 09h12

Merci de ce bel hommage, Bernard Giraudeau était un acteur que j'aimais beaucoup, j'ai suivi son courage, son combat dans cette terrible maladie.....j'y croyais.

.....J'ai fais du camping pendant des années avec notre petiite caravane, j'ai beaucoup aimé.

Nous avons fais construire il y a plusieurs années une modeste maison pas loin de l'océan, maison de famille maison du souvenir, et cette semaine oh! bonheur nous nous retrouvons tous enfants petits enfants durant une semaine, tu sais notre Arnaud est revenu de Nouméa, quelle émotion ce retour

   Des bisous pleins de bisous de zibulinette

Commentaire n°8 posté par zibulinette le 18/07/2010 à 09h03

Bonjour Thérèse,

Il a été bien courageux, je l'aimais bien,je suis admirative de la façon dont il parlait de sa maladie...Il a certainement fait du bien à beaucoup de gens malades.

En ce moment, un autre bien courageux, c'est Laurent Fignon qui commente le Tour de France , tout en faisant sa chimio....Ca fait réfléchir quand on se plaint pour un bobo..

Alors tu vas à l'anniv de ta puce ? encore une belle journée en famille, tu vas nous montrer de belles photos ?J'espère que la piscine sera encore là pour rafraichir les invités ?

Je te laisse filer, passe une bonne journée et bisous à la puce !

Commentaire n°9 posté par danie le 18/07/2010 à 09h03

Bonjour Thérèse, c'est sur ton blog que je viens d'apprendre la mort de Giraudeau, c'était un acteur que j'aimais beaucoup et plus encore car il souffrait de la même maladie qui a emportée Fabrice et mon mari.

Je t'ecris de bonne heure car je vais aller à la messe dans les Yvelinesz, où je me rendais tous les dimanches. L'églisede Brézolles est triste et elle ne m'attire pas pour y entrer, de plus je verrais les amiesz que j'ai laissée là-bas.

Bon dimanche et gros baisers

Commentaire n°10 posté par mamie lucette le 18/07/2010 à 06h09

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